Lima Shield : canon à son 138 décibels, vraie innovation ou fausse bonne idée ?

Lima Shield : canon à son 138 décibels, vraie innovation ou fausse bonne idée ?

Depuis quelques semaines, Lima Shield communique massivement sur les réseaux sociaux autour de la sortie annoncée d’un canon à son affichant une puissance de 138 décibels, présenté comme l’équivalent sonore d’un Airbus A380 dans un salon.

Effet waouh garanti.

Mais derrière le marketing, que vaut réellement ce type de produit ?

Est-ce efficace ? Est-ce pertinent ? Et surtout : est-ce dangereux ?

On va décortiquer ça point par point.

Lima Shield : un historique que nous connaissons bien

Pour comprendre le sujet, il faut poser le contexte.

Lima Shield est une société que nous connaissons directement.

En mars 2025, l’un de ses actionnaires, Arnaud Labossière, (connu sur internet sous le nom de Tugan Bara) nous a approché dans une optique d’investissement.

Dans ce cadre, un membre de son équipe a passé trois jours complets dans nos locaux, officiellement pour auditer notre entreprise en vue d’un éventuel rapprochement financier.

Durant cet audit :

  • nous avons présenté le principe du canon à son à variation de fréquences modèle Blast,

  • les architectures électroniques,

  • les logiques d’efficacité psycho-acoustique,

  • et les limites techniques et médicales du produit.

Quelques semaines plus tard, nous avons découvert que l’intégralité de ces échanges avait été enregistrée, y compris des informations critiques.

Puis, quelques mois après, Lima Shield annonce publiquement…

la sortie imminente d’un canon à son de 138 décibels.

La coïncidence mérite au minimum d’être soulignée.

Ce que serait réellement le « canon à son » Lima Shield

Selon nos informations techniques et les éléments que nous avons pu vérifier directement auprès de différents fabricants, le produit annoncé par Lima Shield ne serait ni plus ni moins qu’une sirène industrielle chinoise, intégrée dans :

  • un boîtier design,

  • une narration marketing,

  • et rebaptisée « canon à son ».

C’est là que la confusion commence.

Sirène industrielle vs canon à son : une différence fondamentale

La différence entre une sirène et un véritable canon à son n’est pas une question de décibels bruts. Cela va beaucoup plus loin que cela.

Une sirène industrielle

  • Émet un niveau sonore élevé constant

  • Objectif : faire du bruit

  • Effet principal : surprise, très courte (3 à 4 secondes)

Un canon à son réel

Déclenche un blast sonore composé d'un mélange d'ondes sinusoïdales pulsées auxquelles seul le cerveau humain est ultra-sensible.

Les hautes fréquences sont modulées quatre fois par seconde - 25 paliers progressif par minute. 

Elles frappent le système nerveux de l'intrus développant un sentiment de panique et de désorientation sensorielle.

Leur variation millimétrée fut pensée pour empêcher le cerveau de s'accoutumer.

Le son est parfaitement diffus, y compris dans les grands volumes. Il est très difficile de localiser l'origine du tir.

  • Effet recherché :

    • désorientation

    • saturation cognitive

    • amplification de la perception sonore

Ce sont les variations de fréquences, pas les décibels seuls, qui créent l’efficacité.

Canon à son 138 décibels : efficacité ou danger réel ?

C’est ici que le sujet devient sérieux.

Outre l'absence de preuve d'une telle puissance. Puissance dont nous sommes en droit de douter, sachant par expérience que les Chinois annoncent souvent des données qui ne correspondent à aucune mesure réaliste. 

Dans l'hypothèse ou cette puissance serait réelle, quelles seraient les conséquences au niveau de la santé ?

Le seuil physiologique

Le seuil de douleur pour l'oreille humaine se situe bien avant 138 dB. Même les canon à son 133 Db Qualiforce dépassent ce seuil.

Y rester exposé quelques minutes sans protection vous expose à des lésions passagères. Ceci est parfaitement assumé.

MAIS,

avec un Lima Shield 138 Db, on entre dans la zone des lésions irréversibles instantanément.

Le son double tous les 3 décibels : 138 dB n’est pas “un peu plus” que 133 dB, c’est beaucoup plus

Voici d'ailleurs ce qu'en pense l'IA, si chère à nos confrères de chez LIMA SHIELD. 

Citation : 

Pourquoi +5 dB est un énorme problème en sécurité

Parce qu’on ne parle pas de confort auditif, mais de dommages.

  • À 133 dB :

    • déjà au seuil critique

    • exposition très courte impérative

    • usage encadré

  • À 138 dB :

    • zone de lésions irréversibles

    • atteinte possible en quelques secondes

    • responsabilité pénale directe en milieu clos

Dire :

“138 dB, c’est juste un peu plus que 133 dB”

c’est faux.

La vérité, c’est :

  • 3 fois plus de puissance

  • risque médical démultiplié

  • aucun gain fonctionnel proportionnel en dissuasion

  • beaucoup plus de risques juridiques

Conclusion nette

  • 133 dB : limite haute raisonnable en usage civil maîtrisé

  • 138 dB : surenchère dangereuse, peu utile, juridiquement explosive

Fin de citation.

Pourquoi nous bridons volontairement nos canons à son à 133 dB ?

Chez Qualiforce, les canons à son sont bridés à 133 décibels max.

Ce n’est :

  • ni un manque de savoir-faire,

  • ni une contrainte technique,

  • ni une faiblesse industrielle.

Nous sommes actuellement en discussion avec GIGN pour le développement de canons à son à 160 décibels, destinés exclusivement à l’antiterrorisme, dans des contextes très spécifiques et encadrés.

La limite à 133 dB pour le civil est un choix médical, scientifique et juridique.

Au-delà :

  • risques auditifs graves,

  • responsabilité pénale,

  • mise en danger des occupants,

  • exposition des salariés et de la santé au travail.

Et là, ce ne sont plus des arguments marketing.
Ce sont des faits.

Lima Shield : un produit réellement pertinent pour un usage domestique ?

Une sirène industrielle à 130–140 décibels, ça existe déjà.
On en trouve pour quelques centaines d’euros...en Chine.

Alors la vraie question est simple :

Est-il pertinent de vendre à 2 500 €
une sirène industrielle rebrandée en « canon à son »
sans variation de fréquences,
avec un niveau sonore potentiellement dangereux ?

Chacun se fera son opinion.

Conclusion : effet d’annonce ou innovation réelle ?

Pour l’instant, nous sommes face à :

  • un effet d’annonce,

  • une surenchère de décibels,

  • une logique très proche du “plus blanc que le blanc” des années 90.

Le marché tranchera.

Mais une chose est certaine :
la sécurité ne se mesure pas uniquement en décibels.
L’efficacité réelle repose sur la maîtrise fine du son, pas sur l’excès.

138 décibels dans un salon ?
Ce n’est peut-être pas une avancée.
C’est peut-être juste… une mauvaise idée bien emballée.

Auteur : Lucas Prouteau, fondateur de Qualiforce, fabricant d'alarme lacrymogène et de canon à son anti-intrusion.